K., Z. AND S. v. the NETHERLANDSOPINION DISSIDENTE DE MM. J.-C. SOYER ET F. MARTINEZ
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Document date: April 7, 1993
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OPINION DISSIDENTE DE MM. J.-C. SOYER ET F. MARTINEZ
À LAQUELLE SE RALLIENT MM. A. WEITZEL ET A.S. GÖZÜBÜYÜK
1. D'après le Code Civil des Pays-Bas (articles 197 à 199), la
paternité d'un enfant conçu puis né tandis que le mariage était
encore valide ne peut pas être contestée par un homme qui veut
reconnaître cet enfant.
2. Pour la majorité de la Commission, cette solution réaliserait
un manque de respect pour la vie privée de la mère, de l'enfant et du
père prétendu. Par là seul, l'article 8 de la Convention serait
violé. Nous ne partageons pas cet avis. Il va trop loin.
3. La règle "pater est quem nuptiae demonstrant" nous semble connue
de la plupart des Etats parties à la Convention. Cette présomption
fait du mari le père, sauf des exceptions étroitement limitées. Car
il y va tout à la fois de l'intérêt de l'enfant, et de la stabilité
de la famille légitime.
4. Dans le cas particulier soumis à la Commission, le soi-disant
père vit séparé de la mère. Il ne prétend d'ailleurs pas vouloir
l'épouser, ce qui lui aurait permis d'adopter l'enfant
ultérieurement. Il nous paraît difficile, dans ces conditions, d'y
voir un manque de respect pour la vie privée et familiale de
personnes qui se refusent, précisément, à fonder une famille, que ce
soit par la cohabitation ou que ce soit par une union légalement
consacrée.
5. Mais, même en admettant qu'existe un tel manque de respect, il
ne s'ensuivrait pas, par cela seul, une violation de l'article 8 de
la Convention. Encore faudrait-il vérifier si ce manque de respect,
ou cette ingérence, manque de justification.
6. L'avis de la Commission, de façon surprenante à nos yeux,
s'abstient d'une telle vérification. Elle conduit pourtant Ã
constater que l'ingérence (à supposer qu'il en existe une) réunit les
trois conditions qui la justifient pleinement.
7. En premier lieu, la base légale ne fait pas de doute. Elle
réside dans les articles précités (197 à 199) du Code Civil
Néerlandais.
8. En deuxième lieu, le but est de ceux que légitime l'article 8
de la Convention. Il est évident que, protégeant la stabilité de la
famille et des enfants nés dans le mariage, le Code Civil vise Ã
assurer la protection des droits d'autrui et celle de la morale.
9. En troisième lieu, il doit exister une proportion raisonnable
entre l'ingérence et le besoin social convenant à une société
démocratique. Or, cette proportion me paraît évidente dans le cas
présent.
Lorsqu'un homme ne sait pas offrir un nouveau foyer à l'enfant
dont il revendique la paternité, qu'il se refuse à épouser la mère,
ou même, tout simplement, à vivre avec elle, est-il vraiment excessif
de lui refuser la protection qu'il ne fait pas lui-même l'effort de
procurer à son enfant prétendu?
LEXI - AI Legal Assistant
