SÜREK v. TURKEYPARTLY DISSENTING OPINION OF MR B. CONFORTI JOINED BY
Doc ref: • ECHR ID:
Document date: December 11, 1997
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PARTLY DISSENTING OPINION OF MR B. CONFORTI JOINED BY
MRS G.H. THUNE, MM L. LOUCAIDES, M.A. NOWICKI, G. RESS,
K. HERNDL, M. VILA AMIGÓ, MRS M. HION,
MM R. NICOLINI AND A. ARABADJIEV
J'ai voté contre la conclusion de la majorité selon laquelle il
n'y a pas eu violation de l'article 10 de la Convention.
Comme la Cour l'a dit maintes fois, la liberté d'expression est
l'un des biens fondamentaux qui mérite la plus grande protection au
sein d'une société démocratique. C'est donc, à mon avis, avec la plus
grande prudence que l'on doit examiner si, dans un cas d'espèce, et
même en tenant compte de la marge d'appréciation reconnue à l'Etat, une
limitation de cette liberté au sens du paragraphe 2 de l'article 10
peut être admise : il convient encore une fois de citer l'opinion de
la Cour selon laquelle les exceptions prévues par ce paragraphe
"appellent une interprétation étroite" (voir, dernièrement, arrêt Zana
c. Turquie du 25 novembre 1997, à paraître dans le Recueil des arrêts
et décision 1997, par. 51).
Pour cette raison, je ne suis pas convaincu que l'on puisse
justifier les sanctions prises à l'encontre du requérant, comme le fait
la majorité, par les mots contenus dans la lettre intitulée "Les armes
ne peuvent pas gagner sur la liberté" et en particulier par les phrases
suivantes : "la montée de la guerre de libération nationale dans le
Kurdistan", "l'armée fasciste de Turquie", "en causant des désordres
dans le Kurdistan, la République turque veut provoquer des massacres",
"une campagne est déclenchée dans toute la Turquie pour déraciner les
kurdes", "chaque attaque lancée par la République turque pour éliminer
les kurdes intensifie la lutte pour la liberté" et "les populations
kurdes qui ont été chassées de leurs maisons et de leur patrie n'ont
rien à perdre et tout à gagner".
Je ne saurais voir dans ces propos une incitation à la violence
ou à commettre des crimes, incitation qui, dans le Sud-Est de la
Turquie, me paraît le seul comportement qui peut être considéré comme
dépassant les limites d'une manifestation d'opinion protégée par la
Convention. En effet, le requérant ne fait que décrire, certes dans des
termes "heurtant, choquant et inquiétant", ce qui se passe dans cette
région. D'autre part, ses appréciations sur le comportement de l'armée
turque ne diffèrent pas, pour l'essentiel, de certaines appréciations
que la Commission a considéré, dans d'autres affaires, comme tolérables
et ne justifiant pas une dérogation au sens du paragraphe 2 de
l'article 10 (voir Rapport N° 25556/94, Ceylan c. Turquie, par. 44,
concernant un syndicaliste qui avait écrit dans un article qu'"un
génocide est perpétré contre les kurdes en Turquie"; Rapport N° 23462,
Arslan c. Turquie, par. 50, concernant un requérant qui avait soutenu
dans un livre que l'Etat turc opprime la population d'origine kurde,
essaye de détruire leur identité par le génocide, les exils, les
tortures et commet des massacres contre elle ; Rapport N° 24246/94,
Okçuoglu c. Turquie, par. 53, dans le cas d'un requérant qui avait dit,
dans un discours publié dans la presse, que "les kurdes combattaient
pour leurs droits nationaux").
Il est vrai que dans l'arrêt Zana c. Turquie (par. 57-60), la
Cour a estimé que l'ingérence des autorités turques au sens de
l'article 10, était justifiée par la paragraphe 2 de cet
article lorsqu'un homme politique avait déclaré son soutien au
"mouvement de libération nationale du PKK". Mais la Cour a tenu Ã
préciser (par. 59-60) que cette déclaration ne devait pas être
considérée isolément, qu'elle avait été prononcée lors d'un entretien
publié dans un grand quotidien national, qu'elle avait pris une ampleur
particulière, ayant coïncidé avec des attentats meurtriers perpétrés
par le PKK contre des civils et enfin que le soutien apporté au PKK,
qualifié de mouvement de libération nationale de la part du requérant,
ancien maire de Diarbakir, la ville la plus importante du Sud-Est en
Turquie, était en mesure d'aggraver une situation déjà explosive dans
cette région. Or toute ces circonstances ne sont pas présentes dans
l'espèce, et d'autre part, bien que le requérant ait parlé d'une
"montée de la guerre de libération nationale face à laquelle l'armée
fasciste de Turquie continue à effectuer des bombardements", il ne fait
pas expressément une déclaration de soutien en faveur du PKK. Il s'agit
de différences qui, compte tenu de la nécessité d'une interprétation
étroite du paragraphe 2 de l'article 10, devaient conduire la
Commission à conclure à la violation de l'article 10.
(or. English)
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